Les formes de la monnaie

Les formes de la monnaie

Les formes de la monnaie : des premières formes aux formes actuelles de la monnaie. (Sciences économiques)

Le système de paiement a évolué durant les siècles et avec lui les formes de monnaie. Au départ monnaie marchandise, la monnaie n’a pas cessé de se dématérialiser. On est passé :

  • des marchandises aux métaux précieux
  • des métaux précieux aux simples métaux
  • des simples métaux aux billets
  • Puis des billets à des écritures (monnaie scripturale) sur un compte bancaire qui s’est lui-même dématérialisé, les livres comptables ayant cédé la place à des fichiers informatiques.

L’objectif de facilitation des échanges explique la dématérialisation de la monnaie au fil du temps.

1. Les premières formes de la monnaie

I. Les monnaie-marchandises ou paléo monnaies (paléo=ancien)

Les premières formes de monnaie repérées dès le début de la période néolithique (vers le VIème millénaire av JC) coïncident avec le développement d’une économie de production (agriculture, élevage). Le principe de la monnaie-marchandise a consisté à prendre un bien parmi les biens éligibles à l’échange comme instrument de paiement ou intermédiaire des échanges.

Le fait de prendre un bien comme intermédiaire des échanges permet de dépasser le problème majeur du troc direct qui est le problème de la double coïncidence des désirs et sui se traduit par le fait que l’individu est à la fois acheteur et vendeur. Lorsqu’on prend un bien parmi ceux échangés comme intermédiaire des échanges, le blé par exemple qui devient monnaie-marchandise, cela permet de fractionner l’échange en deux temps, et l’individu n’est plus obligé d’être à la fois acheteur et vendeur :

  1. On cède l’objet à vendre contre x quantité de blé
  2. Avec x quantité de blé, on achète le bien qu’on désire.

On est donc passé du troc direct au troc indirect par l’intermédiaire d’un troisième bien, le blé, qui devient monnaie marchandise. Les exemples de monnaie-marchandise sont nombreux : sucre, sel, blé, café, tête de bétail, coquillage, coton…

Pour qu’un bien soit accepté comme monnaie par tous les individus d’une communauté, il fallait qu’il soit très utilisé dans la vie courante et/ou qu’il ait une valeur symbolique (coquille de Cauris). Mais les monnaie-marchandises ne pouvaient remplir convenablement et durablement leur rôle de monnaie en raison de :

  • Leur caractère hétérogène (les monnaie-marchandises telles que les têtes de bétail ou le blé sont composées d’éléments de taille et de nature différentes),
  • indivisible (comment régler des transactions de faible valeur qui ne sont pas des multiples de l’unité ?),
  • et périssable (qui a une durée de vie limitée comme les têtes de bétail, le blé ou le maïs).

Les sociétés ont alors orienté leur choix vers les métaux précieux tels que l’argent, l’or, le cuivre, l’électrum (alliage d’or et d’argent) et le bronze. Ces métaux précieux présentaient plusieurs avantages comme intermédiaire des échanges dans la mesure où ils étaient divisibles, non périssables et facilement transportables.

II. Les monnaies métalliques
1. De la monnaie pesée à la monnaie frappée
a) la monnaie pesée
Les formes de la monnaie

Au départ, les métaux précieux prenaient diverses formes : pépites, poudre, barres ou lingots. Chaque bien valait sont pesant d’or ou d’argent. Pour acheter un bien, il fallait donc peser le métal utilisé pour l’acheter. Par exemple, pour acheter un paquet de thé qui vaut deux grammes d’or, il fallait peser l’or. C’est ce qu’on appelle la monnaie pesée.

Ce mode de paiement présentait plusieurs inconvénients : C’était un mode de paiement coûteux et lourd parce qu’il nécessitait la présence d’un peseur expert avec sa balance. Cette opération devait être répétée pour chaque échange et nécessitait à chaque fois la rémunération du service rendu par le peseur expert avec sa balance. Ce mode de paiement était difficile à gérer d’où le passage à la monnaie comptée.

b) La monnaie comptée

Les métaux sont transformés en pièces (boules, disques, rondelles) de petite taille dont la dimension et la teneur sont plus ou moins normalisées. Pour chaque paiement, il suffisait de compter les pièces puisque le poids de chacune d’elles était supposé connu. Par exemple, pour acheter un paquet de thé qui vaut 2 grammes d’or, il fallait 2 pièces de 1 gramme. L’inconvénient de cette monnaie est qu’elle n’excluait pas les possibilités de falsification quant au poids et au contenu du métal, ce qui nécessitait la présence du fameux peseur-expert surtout pour les paiements importants d’où le passage à la monnaie frappée.

c) La monnaie frappée

La frappe de la monnaie est l’opération qui consiste à fabriquer des pièces de monnaie et, pendant la phase de fabrication à produire des empreintes sur les deux faces de la pièce en faisant figurer sur une face un symbole gravé (à l’origine tête de Dieu ou de déesse ensuite tête de Prince ou de Souverain ou tout simplement objet emblématique) et sur l’autre face une marque (poinçon, empreinte, signature) indiquant le poids de la pièce en métal précieux.

C’est en Lydie (actuelle Turquie) et en Grèce qu’ont été frappées les premières pièces métalliques (640-630 av JC). L’atelier ou le lieu dans lequel la monnaie métallique était frappée c’est-à-dire l’endroit où les barres, lingots, pépites d’or et d’argent étaient transformées en pièces de monnaie portait le nom d’Hôtel des Monnaies.

L’intérêt de la frappe de monnaie était que le contenu en métal des pièces de monnaie était garanti, ce qui rendait caduque la présence du peseur-expert et facilitait ainsi les échanges. La frappe de monnaie est passée par deux phases :

  • Au départ, la frappe de monnaie était libre c’est-à-dire qu’elle n’était soumise à aucun contrôle. Les détenteurs de métaux précieux, essentiellement les commerçants, apportaient à l’Hôtel des Monnaies les barres ou les lingots de métaux précieux susceptibles d’être transformés en pièces.
  • Par la suite, et compte tenu du pouvoir que confère la possession et la fabrication des pièces, le Prince (Roi, Souverain et État par la suite) va s’octroyer le privilège et le monopole de frapper les pièces. On parle de droit régalien (droit inhérent à la monarchie) de battre monnaie ou de seigneuriage. La frappe légale a remplacé la frappe libre.
2. Du bimétallisme au monométallisme

Le développement du commerce et les besoins grandissants de l’État en monnaie ont rendu nécessaire l’augmentation des pièces de monnaie fabriquées. Ces besoins grandissants en monnaie conjugués à la rareté structurelle des métaux précieux ont eu pour conséquence le fait que la valeur nominale ou faciale était de plus en plus supérieure à la valeur réelle ou intrinsèque d’une pièce de monnaie, ce qui permettait de fabriquer avec une même quantité de métal plus de pièces de monnaie.

Afin de faire accepter ces nouvelles pièces de monnaie, le pouvoir politique leur donna cours légal, c’est-à-dire que chaque individu était dans l’obligation d’accepter les pièces de monnaie comme règlement d’une transaction.

Les anciennes pièces de monnaie de bonne qualité ont ainsi peu à peu disparu de la circulation parce qu’elles étaient thésaurisées (conservées de manière oisive ou inactive) et c’étaient les nouvelles pièces de mauvaise qualité qui étaient utilisées dans les échanges. On parle de démonétisation des anciennes pièces et de monétisation des nouvelles pièces. Ce phénomène est aussi connu sous le nome de « Loi de Gresham » du nom du financier Thomas Gresham qui l’a énoncé au 16ème siècle : « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Parallèlement, les préférences des agents économiques ont porté sur l’or et l’argent comme métaux précieux, métaux considérés comme plus beaux et plus rares que les autres métaux.

La monnaie métallique s’est caractérisée principalement par deux systèmes monétaires :

  • Le bimétallisme (18ème siècle/début du 19ème)
  • Le monométallisme (début 19ème – début 20ème)
a) Le bimétallisme

C’est un système où l’or et l’argent ont tous les deux la fonction de monnaie et ont un rapport légal fixe.

1 Franc = 1gr d’or = 15,5 gr d’argent (l’or ayant une valeur 15,5 fois supérieure à celle de l’argent)

Le bimétallisme a présenté très vite des difficultés de fonctionnement parce que le rapport commercial entre les deux monnaies (fonction de l’offre et de la demande de monnaie) devenait très vite différent du rapport légal qui était fixe, à chaque fois qu’il y avait découverte de gisements d’or ou d’argent. Quand il y avait découverte de gisements d’argent, les agents économiques anticipaient une dépréciation de l’argent par rapport à l’or, et thésaurisaient l’or pour le revendre plus tard lorsque sa valeur s’apprécierait. L’or disparaissait ainsi de la circulation et seules les pièces de monnaie en argent servaient à régler les transactions. On parlait alors de démonétisation de l’or et de monétisation de l’agent. Dans le cas inverse de découverte de gisements d’or, on parlait de démonétisation de l’argent et de monétisation de l’or. Nous retrouvons à ce niveau l’application de la Loi de Gresham : « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Durant toute la période du bimétallisme et au gré des découvertes de gisements, l’or et l’argent se transformaient à tour de rôle en bonne ou mauvaise monnaie.

Le système de bimétallisme était de fait un « monométallisme or » ou un monométallisme argent. Pour éviter ce bimétallisme boiteux, le système bascule dès le 19ème siècle du bimétallisme au monométallisme.

b) monométallisme

C’est un système dans lequel la valeur de la monnaie est définie par rapport à un seul métal : l’or ou l’argent. La monnaie est finalement exprimée en or et on parle alors de monométallisme ou Étalon-or qui fut adopté par l’Angleterre, première puissance économique de l’époque, au début du 19ème siècle (en 1816), par les États-Unis en 1853, l’Allemagne en 1873 et la France 1876. L’Étalon-or (Gold Standard) devient le système monétaire international au sein duquel toutes les monnaies ont une valeur exprimée en or.

III. La monnaie-papier ou billet de banque

Il n’y a pas de chronologie entre l’apparition de la monnaie papier (ancêtre du billet de banque) et l’apparition de la monnaie métallique :

  • Le billet de banque est né parallèlement aux formes métalliques de la monnaie et a d’abord vu le jour en Chine vers le 12ème– 13ème siècle puis ensuite en Europe vers le milieu du 17ème siècle à Stockholm, Londres, Venise et Amsterdam.

À l’origine, le billet de banque est un certificat de dépôt (ou certificat d’or) c’est-à-dire un reçu attestant le dépôt d’une quantité de métaux précieux chez des orfèvres ou dans des banques :

Les formes de la monnaie
  • À Londres, dès 1640,les commerçants ont commencé à déposer leurs métaux précieux dans les coffres-forts des orfèvres. En contrepartie de leurs dépôts, ils recevaient un certificat de dépôt qui était nominatif et détaillé au départ. Ce certificat permettait aux marchands de récupérer à tout moment, après avoir payé un droit de garde très faible, les mêmes objets qu’ils avaient déposé. Les orfèvres londoniens se sont transformés en banques de dépôt à partir du moment où, sur les reçus, ne figuraient plus que la valeur en livres sterling des objets mis en dépôt.
  • Au départ, la valeur des certificats en circulation correspondait exactement à la valeur des métaux précieux déposés dans les coffres-forts des banques. Mais progressivement, les certificats sont de plus en plus utilisés comme moyen de paiement parce qu’ils étaient plus facile à dissimuler, à manipuler et à transporter, ce qui réduisait sensiblement les risques de vol. Les orfèvres se sont alors rendu compte que la part des certificats qui était réellement convertie en métaux précieux était faible et qu’il était possible d’émettre de nouveaux reçus qui n’avaient pas leur contrepartie en métaux.
  • La valeur des certificats émis est alors devenue supérieure à celle du stock de métaux précieux c’est-à-dire que la couverture des certificats en circulation par l’encaisse métallique n’était plus que partielle.
  • À partir de ce moment, il était possible de parler de billets de banque et non plus de certificats parce que l’émission ne se faisait plus uniquement en contrepartie du stock de métaux précieux. C’est à Stockholm en 1661 qu’ont été émis les premiers billets de banque par Johan Palmstruch, commerçant et banquer suédois.

La viabilité de ce système d’émission reposait essentiellement sur l’absence de conversion généralisée des billets en métaux. En d’autres termes, le système était viable tant que les porteurs de billets ne demandaient pas tous en même temps d’être remboursés en métaux précieux. La valeur des billets de banque ne reposait donc pas sur leur valeur intrinsèque qui était quasiment nulle mais sur la confiance (fiducia en latin) dans la capacité des banquiers à convertir leurs billets en métaux précieux, d’où le nom de monnaie fiduciaire pour désigner ces billets.

L’apparition de graves crises pendant les 17ème et 18ème siècles (guerres, révolutions) ont créé un climat d’incertitude et ont ainsi ébranlé la confiance des détenteurs de billets qui se sont rués vers les banques afin de convertir leurs billets en métaux précieux (or et argent) car seuls l’or et l’argent avaient une valeur intrinsèque. Face à cette demande massive de conversion et aux émissions très importantes de billets par rapport aux réserves, les banques se sont retrouvées dans l’incapacité de rembourser les détenteurs de billets, ce qui s’est traduit par la faillite de plusieurs banques telles que la banque de Stockholm en 1666 et l’apparition au début du 19ème siècle d’un débat concernant la réglementation de l’émission des billets de banque.

Deux écoles se sont opposées en Angleterre : la Currency School ou Ecole de la Circulation et la Banking School ou Ecole de la Banque.

David Ricardo
  • La Currency School ou Ecole de la Circulation (David Ricardo, Henri Thornton) défendaient le « currency principle » selon lequel le montant des billets en circulation devait exactement correspondre à l’encaisse métallique de la banque émettrice. L’offre de monnaie est exogène parce qu’elle dépend de facteurs extérieurs tels que la découverte de gisements d’or ou d’argent.
  • La Banking School ou Ecole de la Banque (Thomas Tooke) recommandait le « banking principle » c’est-à-dire une liberté d’émission monétaire en fonction des besoins de l’économie. L’idée est que la banque peut émettre des billets pour une valeur supérieure à ses réserves en or et en argent parce qu’il est nécessaire d’augmenter le nombre de billets face au développement de l’activité commerciale . L’offre de monnaie est dans ce cas endogène parce qu’elle varie en fonction de l’activité économique.

Bien que diamétralement opposées, ces deux écoles étaient d’accord sur la nécessité de limiter le droit d’émission des banques privées et de préparer le monopole de la Banque d’Angleterre en matière d’émission de billets.

Finalement, ce sont les défenseurs du Principe de la Circulation qui l’ont emporté en Angleterre avec le vote du Peel’s Act qui, en 1844, imposait une stricte couverture des billets de banque par l’encaisse métallique à hauteur de 100%. La Banque d’Angleterre, qui avait obtenu le monopole d’émission des billets (loi du Bank Charter Act de 1826, votée après la crise boursière de 1825) ne pouvait émettre de nouveaux billets que si ses réserves en métaux précieux augmentaient d’un montant égal.

La France adopta le « Banking Principle » à savoir la liberté d’émission des billets sous réserve de pouvoir assurer à tout moment la convertibilité des billets en métaux précieux, et obtint également le monopole d’émission des billets en 1848.

Lorsque l’État s’empara du monopole d’émission des billets, il les dota du cours légal c’est-à-dire que tout agent économique était dans l’obligation de les accepter en paiement. Les billets acquirent alors la qualité de monnaie.

Ces deux systèmes ne pouvaient fonctionner de manière durable : la couverture totale des billets en circulation par les réserves en or était très difficile à réaliser, et le principe de la banque était affecté par le climat de méfiance et d’incertitude qui régnait à l’époque. C’est ce qui a poussé les pouvoirs publics à suspendre la convertibilité des billets en or (fin de l’Étalon-Or où la monnaie est librement convertible en or et fixation du cours forcé) pendant certaines périodes avant de la suspendre définitivement dès l’entre-deux guerres : 1931 en Angleterre, en 1934 aux États-Unis et 1936 en France. Le billet de banque est alors une véritable monnaie qui a à la fois cours légal et cours forcé.

IV – Origine de la monnaie scripturale

Le terme « scripturale » provient du latin « scriptum » qui signifie « écriture ». La monnaie scriptural est un simple jeu d’écriture sur les livres des banques. Il s’agit par un simple jeu d’écriture de débiter ou de créditer des comptes au niveau des banques. C’est une monnaie qui passe de compte à compte au lieu de circuler de la main à la main.

La monnaie scripturale est apparue en Europe dès le 16ème siècle lorsque les banquiers inscrivaient dans leurs livres le montant des pièces que les marchands leur déposaient en échange desquelles ils délivraient des certificats de dépôt ou lettres de change ou bons qui étaient payables en monnaie au porteur de la lettre (la lettre de change : écrit par lequel un créancier, le tireur, ordonne à son débiteur, le tiré, de payer une certaine somme à une échéance déterminée à un tiers, le bénéficiaire). Avec l’ouverture par les banquiers de succursales dans les principales villes, la lettre de change est devenue un instrument de circulation de la monnaie scripturale. La monnaie scripturale offrait une plus grande commodité par rapport aux pièces, tout comme les billets, mais une plus grande sécurité que dans le cas des billets puisque les marchands ne transportaient rien avec eux sur les routes et ne risquaient donc pas de se servir voler.

La monnaie scripturale a véritablement pris son essor à partir du 19ème siècle quand les banques centrales ont enlevé aux banques la possibilité d’émettre des billets. À partir de la deuxième moitié du 20ème siècle, on assiste, au niveau des pays développés, à une généralisation des paiements scripturaux à l’ensemble des catégories de la population. Au niveau de ces pays, les agents économiques comprennent rapidement les avantages de l’utilisation de la monnaie scripturale et la substituent de plus en plus à la monnaie fiduciaire comme moyen de paiement.

2. Les formes actuelles de la monnaie

Actuellement, la monnaie (au sens strict étroit du terme) comprend :

  • Les billets de banque ou monnaie fiduciaire,
  • Les pièces de monnaie ou monnaie divisionnaire
  • et la monnaie scripturale.
I – Les billets de banque ou monnaie fiduciaire
Les formes de la monnaie

Il s’agit de coupures émises exclusivement par la banque centrale en contrepartie d’opérations définies par ses statuts : concours à l’État ou acquisitions d’avoirs en or et en devises. Les billets en circulation sont inscrits au passif du bilan de la banque centrale. Le bilan actuel (c’est-à-dire dont la valeur n’est pas basée sur une contrepartie en or) a été créé par le banquier suédois Johan Palmstruch en 1661. Le billet est doté du cours légal et du cours forcé.

Au Maroc, Bank Al-Maghrib, à travers DAR AS-SIKKAH, (article 16, 1er alinéa des statuts de Bank Al-Maghrib) a le monopole d’émission des billets. Les billets de banque ont un pouvoir libératoire (somme maximale que l’on peut payer légalement avec des exemplaires d’une même monnaie) illimité.

Contrairement à ce qui se passe dans les pays de la Zone Euro ou aux États-Unis), au Maroc, les billets sont utilisés pour régler des transactions d’un montant moyen, élevé ou très élevé.

II- Les pièces de monnaie ou monnaie divisionnaire

Les pièces de monnaie prennent aujourd’hui la forme de pièces en alliages d’aluminium, de cuivre ou de nickel dont la valeur faciale est très supérieure à la valeur intrinsèque.

La monnaie divisionnaire est émise actuellement par Dar As-Sikkah, la quantité émise étant fonction de la demande du public qui en a besoin pour l’achat de marchandises de faible valeur.

Le pouvoir libératoire des pièces de monnaie émises par la Banque centrale est limité. Au Maroc, un agent économique n’est tenu d’accepter un paiement en pièces que jusqu’à 50 fois la valeur faciale de celles-ci (exemple : le pouvoir libératoire est limité pour les pièces de 10 dirhams à 500 dirhams et pour les pièces de 1 dirham à 50 dirhams).

Selon les Statuts de Bank Al-Maghrib (art 15), la monnaie fiduciaire ou manuelle émise par la Banque correspond à la monnaie divisionnaire et aux billets de banque.

Article 15 : « Les billets et monnaies métalliques émis par la Banque ont seuls cours légal et pouvoir libératoire sur l’ensemble du territoire du Royaume ».

III – La monnaie scripturale
1. Définition

La monnaie scripturale constitue la principale forme de monnaie dans les économies modernes. Elle correspond à l’ensemble des dépôts bancaires c’est-à-dire aux sommes inscrites au crédit des comptes des agents économiques au niveau des institutions financières, essentiellement les banques commerciales, une faible part de la monnaie scripturale étant émise par le Trésor. La monnaie scripturale est donc une monnaie des banques dites de second rang, alors que les billets et les pièces sont des monnaies de la banque de premier rang c’est-à-dire la banque centrale.

La part de la monnaie scripturale dans l’encours des moyens de paiement n’a cessé de s’accroître depuis le début des années 60 pour représenter depuis le début des années 2000 environ 85% de l’encours des moyens de paiement dans la zone Euro, plus de 90% dans un pays comme la France et plus de 70% le Maroc (la monnaie fiduciaire représentant 28% de l’ensemble des moyens de paiement). La prépondérance de la monnaie scripturale a suivi de près le taux de bancarisation (proportion de personnes détenant au moins un compte bancaire dans un pays donné).

Le développement de la monnaie scripturale s’explique principalement par les avantages qu’elle présente par rapport à la monnaie fiduciaire :

  • Elle permet le règlement d’échanges sans déplacement physique des personnes grâce par exemple au virement bancaire.
  • Elle offre des garanties plus grandes contre la perte ou le vol en raison de l’absence de manipulation de la monnaie fiduciaire.
  • Elle entraîne des écritures dans la comptabilité bancaire qui sont source de preuves en cas de contestation.

Les dépôts bancaires qui constituent la monnaie scripturale sont des dépôts à vue non rémunérés car ces dépôts sont disponibles sans coût et sans délai. Les détenteurs peuvent donc à tout moment soit les retirer sous forme de monnaie fiduciaire soit les utiliser par des moyens de circulation de la monnaie scripturale. Ces dépôts à vue sont des comptes mobilisables par chèque. Si les pièces et les billets ont une existence matérielle et sont à la fois monnaie et instrument de paiement, la monnaie scripturale n’a aucune existence matérielle et est distincte des instruments qui lui permettent de circuler.

2. Les instruments de circulation de la monnaie scripturale

Les principaux instruments de circulation ou de mobilisation de la monnaie scripturale sont :

  • Le chèque
  • Le virement
  • L’avis de prélèvement
  • La carte bancaire

a) Le chèque

Le chèque est un ordre de paiement écrit adressé à la banque (le tiré) que le payeur (ou tireur) remet à un tiers (le bénéficiaire). Le bénéficiaire peut se faire payer directement auprès de la banque du tireur (en monnaie fiduciaire) ou le remettre à sa propre banque pour créditer son compte (le bénéficiaire peut également l’endosser). De ce fait, un dépôt bancaire sera transféré du compte du payeur vers celui du bénéficiaire. Le chèque n’est donc pas une monnaie mais l’instrument de circulation de la monnaie scripturale.

b) Le virement

Le virement est un ordre écrit donnée à la banque par un client de débiter son compte et de créditer le compte du bénéficiaire dans ses livres ou de faire créditer ce compte s’il est tenu par une autre banque. À la différence du chèque, le virement exige de connaître les coordonnées bancaires du bénéficiaire. Le virement peut être un ordre ponctuel ou permanent lorsqu’il est répété à date fixe pour un montant déterminé.

c) l’avis de prélèvement

C’est une autorisation donnée par le débiteur propriétaire du compte au bénéficiaire (sociétés de financement, compagnies d’eau, d’électricité et de téléphone) de prélever chaque mois à la source le montant de la traite ou de la facture. Le bénéficiaire transmet à sa banque cette autorisation permanente de prélèvement qui la transmet à son tour à la banque du payeur pour qu’elle l’enregistre. Le payeur ou débiteur doit donc fournir au bénéficiaire ses coordonnées bancaires. L’autorisation ne comporte aucune limitation au niveau de la durée ou du montant. À la différence du virement bancaire automatique pour lequel la somme virée périodiquement est fixée d’avance, la somme virée en cas de prélèvement est fixée à chaque opération par le bénéficiaire.

d) Le carte bancaire

C’est le plus célèbre des instruments permettant l’échange sans support papier :

  • En cas de paiement par carte, le microprocesseur incorporé dans la carte permet au terminal de paiement du commerçant d’identifier le porteur de la carte et de débiter automatiquement son compte au profit du compte du commerçant qui sera crédité.
  • La carte bancaire permet également le retrait de monnaie fiduciaire auprès des guichets automatiques des banques. Les retraits peuvent s’effectuer soit dans les distributeurs automatiques de billets (DAB) sans aucun autre service; soit dans les guichets automatiques bancaires (GAB), qui en plus de la distribution automatique des billets permettent la réalisation d’autres services, tels que la consultation du solde du compte ou la demande de chéquier.
  • La carte bancaire permet aussi des avances de fonds lorsque le compte est débiteur. Le porteur de la carte de crédit bancaire bénéficie ainsi d’un ligne de crédit et peut effectuer des achats auprès des magasins affiliés.

Une carte bancaire peut ainsi remplir une ou plusieurs des fonctions que nous venons de citer : carte de paiement, carte de retrait et carte de crédit.

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Ayoub Matioui

Economiste de formation et professeur d'économie ; avec l'aide de mon équipe, nous aidons les étudiants et élèves en difficulté concernant la compréhension des cours entretenus en classes. Aussi, nous mettons en place une stratégie d'orientation pour les étudiants souhaitant développer leurs connaissances acquises et voulant se projeter dans le monde de la communication et de l'information.

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